Bilan de la venue du pape en France

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Publié le 5 octobre 2026 - 

Le pape était en France du 25 au 28 septembre, c’était l’occasion de faire entendre nos voix catholiques féministes par le biais de diverses actions. Ces actions ont reçu une belle couverture médiatique que vous pouvez retrouver dans notre revue de presse, et nous vous en proposons ci-dessous un bilan.

Service de l’autel et lettre ouverte aux évêques

En août dernier, nous avons écrit à la conférence des évêques de France pour s’assurer que des filles ou des femmes seront bien présentes lors des messes avec le pape. La CEF nous a répondu rapidement, nous assurant qu’il « est prévu que quelques centaines de servants et des servantes soient tout particulièrement associés à la messe célébrée par le Saint-Père aux Champs-Elysées ». Néanmoins, la CEF nous a expliqué que pour des raisons de sécurité liées à l’accueil de mineurs, les enfants ne seront pas présents près de l’autel.

Nous saluons cette réponse rapide de la CEF qui ouvre un dialogue sur le sujet important de la place des femmes dans la liturgie en France. Malheureusement, force est de constater que les célébrations du pape ont surtout fait de la place aux hommes. En effet, seule la messe à la cathédrale de Metz a accueilli un groupe mixte de servantes et servants d’autel. Lors des messes à Paris et à Lourdes, seuls des séminaristes (hommes, donc) étaient autour de l’autel.

Cette image masculine de la religion, retransmise sur les grandes chaînes de télévision (on décompte 4,5 millions de téléspectateur·rices pour la messe aux Champs Elysées!), est révélatrice de la réalité de l’institution catholique qui réserve les charges de gouvernance et de la transmission de la Bonne Nouvelle aux hommes.

 

Des membres de Magdala déploient une banderole « Ordain Women » devant Léon XIV à Paris le 25 septembre 2026

 

« Ordain women »

Le vendredi 25 septembre après-midi, Léon a déambulé dans les rues de Paris. Nous étions présentes sur son parcours pour déployer une banderole « Ordain women », (« ordonnez des femmes ») un mot d’ordre simple pour rappeler que les femmes devraient avoir accès à toutes les fonctions dans l’Église catholique : enseigner, prêcher, gouverner, donner les sacrements. Photos à l’appui, nous pouvons vous assurer qu’il a lu notre banderole !

 

Le pape passe devant la banderole « Ordain Women » déployée par Magdala, 25 septembre 2026. Crédit photo : Le HuffPost

 

Ce message semble d’autant plus nécessaire que le lundi suivant, à Metz, la rencontre inter-religieuse pour la paix a réuni 7 hommes. Bien que le but affiché d’œuvrer pour la paix soit évidemment louable, il nous semble vain de construire cette dernière en se privant de la moitié de l’humanité.

Lettre ouverte avec le planning familial

Quelques heures avant cette déambulation, nous avons publié sur notre site internet une lettre ouverte, écrite avec le planning familial, pour demander à Léon XIV de cesser de condamner la contraception et l’avortement. En effet, sa venue coïncidait avec la journée mondiale de la contraception, le  26 septembre, et la journée internationale du droit à l’avortement, le 28 septembre.  Léon a réaffirmé son opposition au droit à l’avortement lors de son discours au centre des Congrès Robert Schuman de Metz [1].

Chaque remarque d’un pape sur ce sujet est cruelle envers les femmes qui recourent à ce droit. Aucune femme ne l’exerce de gaîté de coeur, les propos de Léon concourent à les culpabiliser et les stigmatiser, alors qu’elles ont besoin d’accompagnement et de soutien, ainsi qu’à ce que leurs droits soient respectés. Il nous semble choquant de donner des leçons de morale sur le respect de la vie tout en bafouant le respect des droits des femmes.

« Heureuses celles qui ont soif de justice »

Un groupe de membres de Magdala a assisté ensemble à la messe à la Concorde, temps fort de ce séjour papal qui a réuni 800 000 personnes. Nous y étions présentes avec une grande banderole violette, couleur du féminisme, sur laquelle était écrit : « Heureuses celles qui ont soif de justice ». Par cette adaptation d’un verset de l’Évangile, féminisé pour montrer la violence d’une appropriation genrée, habituellement masculine, nous souhaitions interpeller Léon XIV sur le fait que les discriminations envers les femmes sont contraires au message d’amour et de justice du christianisme, et doivent cesser.

 

Des membres de Magdala déploient une banderole « Heureuses celles qui ont soif de justice » lors de la messe à la Concorde samedi 26 septembre 2026

 

Nous avons mené cette action à la suite de femmes du monde entier qui demandent au pape de les admettre aux mêmes fonctions que leurs frères, baptisés comme elles. En 2023, une grande banderole violette « Ordain Women » était déployée à Rome par l’association Women’s Ordination Conference. En juin 2026, une autre banderole violette « Jusqu’à ce que l’égalité devienne la norme » était déployée à Madrid par l’association La Revuelta de las mujeres en la Iglesia.

 

Les membres de Magdala assistent à la messe à la Concorde, 26 septembre 2026

 

Cette action a reçu un grand écho médiatique, généré des discussions avec d’autres fidèles mais également suscité de l’opposition puisque les bénévoles en charge de l’organisation nous ont forcées à retirer notre banderole.

Le pape face aux violences sexuelles : la compassion individuelle ne suffit pas !

Quant à la situation des victimes de violences sexuelles, comme nous l’avons évoqué dans la presse, notamment dans un entretien avec Nicolas Joly pour Ici Île de France, « le pape va par exemple rencontrer des victimes de violences sexuelles lors de sa visite, mais pour Sylvaine Landrivon, docteure en théologie et porte-parole de Magdala, […] c’est insuffisant. « Il reçoit quelques membres qui ont subi des violences. C’est-à-dire qu’il souffre avec les individus souffrants, mais le fait que ce soit systémique, ça, le pape ne veut pas en entendre parler, il ne reçoit pas les associations ».

La conversation du pape dans l’avion du retour, montre à quel point, sur ce sujet terrible, le souverain pontife renâcle à mettre en cause la structure cléricale, alors qu’il est avéré depuis le rapport de la CIASE, qu’il s’agit là du noeud du drame vécu par des centaines de milliers de victimes. L’absence de changement entretient le phénomène et nous le dénonçons vivement.

L’unité et la paix

Lors de son séjour, Léon a invité les catholiques à cultiver l’unité, notamment aux vêpres à Notre Dame : « La communauté chrétienne ne constitue pas un refuge dans lequel on se replierait pour se protéger de son époque. » Cet appel à l’unité nous interpelle alors que de nombreuses femmes quittent leurs paroisses à cause des discriminations de genre qui y ont lieu. Elles en témoignent en rejoignant Magdala. Nous espérons que les évêques prendront au sérieux les propos de Léon pour remplir leur mission d’accueil et d’annonce de l’Évangile, et rendre nos églises françaises inclusives.

Nous saluons également les engagements de Léon pour la paix et le respect du droit international. Pour être cohérent, nous l’invitons à se questionner sur l’état qu’il dirige, le Vatican, notamment sur le fait que ce dernier n’a pas signé la convention européenne des droits de l’Homme. Est-ce parce que dans les principes de cette convention est inscrite l’interdiction de toute discrimination, notamment de genre ? Cela pourrait en effet être problématique pour le Vatican qui assume être un état patriarcal et justifie l’exclusion des femmes de ses organes de gouvernance du fait de leur présupposée « nature » spécifique.

Léon n’a pas fait évoluer d’un iota le discours de l’Église en ce qui concerne les femmes, que ce soit sur le droit à l’IVG, l’accession au diaconat féminin ou à l’ensemble des ministères ordonnés. Au contraire, en juin dernier, le dicastère pour le culte divin a réaffirmé l’interdiction aux laïc·ques de prêcher lors de la messe. Espérons que Léon va évoluer sur ces sujets, vous pouvez compter sur nous pour les lui rappeler  de toutes nos forces, qu’il soit en France ou au Vatican !

 

À Magdala, nous militons en sororité, 26 septembre 2026

 

[1] « N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »